“Une perte de patrimoine immense.” Un incendie au Musée National détruit des millions d’artéfacts rares

Le Musée National à Rio était le plus vieux au pays. Âgé de plus de 200 ans, le bâtiment abritait plus de 20 millions d’artéfacts, témoins d’une riche histoire débutant il y a des millions d’années, comme ce squelette de Maxakalisaurus , le plus gros dinosaure ayant posé le pied sur le sol brésilien et le premier à avoir été assemblé au Brésil, le crâne de Luzia, la femme la plus vieille des Amériques, du haut de ses 11 000 ans, ou encore une momie d’indien Aymara.

C’est donc tout un éventail de savoir et d’objets témoins d’un passé parfois lointain qui sont partis en fumée ce dimanche lorsque le musée a été détruit par les flammes. Plus de 80 pompiers se sont battus contre l’incendie, qui a duré plus de six heures et fait s’écrouler une partie de l’édifice.

Fort heureusement, le musée avait déjà fermé ses portes lorsque l’incendie s’est déclaré, et aucune victime ne serait à déplorer.

L’état de délabrement physique du musée était pourtant bien connu et visible de tous. Les visiteurs, qui devaient débourser 8 réaux (1,66 euros) par visite rapportaient des murs à la peinture craquelée, des files électriques visibles et des lieux qui paraissaient mal entretenus de manière généralisée. Un tiers des salles d’exposition était même fermées au public.

Certains efforts pour ne pas laisser le musée tomber en décrépitude avaient été entreprise. Lors du bicentenaire, un partenariat avec la Banque Nationale pour le Développement Économique et Social (BNDES) promettait 21,7 millions de réaux (4,5 millions d’euros) pour sa restauration et une campagne de socio-financement en ligne avait récolté 58 000 réaux (12 000 euros) pour la réouverture d’une salle fermée à cause de termites. Cependant, selon le directeur du musée Alexander Kellner, il aurait fallu plus de 300 millions étalés sur une décennie pour pouvoir mettre en oeuvre le plan directeur du musée.

Le musée ne semblait tout simplement pas une priorité pour les divers gouvernements locaux et fédéraux, Kellner rappelant même que le dernier président à avoir visité le musée était… Kubitschek, dans les années 50. Selon lui, “Le Brésil ne sait rien de la grandeur, de la richesse de ce que nous avons ici. S’il on en était conscient, on ne laisserait pas le musée atteindre cet état.”

Affilié à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, le musée avait cessé de recevoir les 540 000 réaux annuels budgétisés pour son entretien depuis 2014.

Momie Aymara exposée au Musée National.
Momie Aymara exposée au Musée National. Photo: Museu Nacional – UFRJ

 

Lors de l’incendie, certains chercheurs et employés du musée tentaient de sauver certaines pièces de leurs collections et équipements, en les jetant par la fenêtre ou en  tentant d’isoler les zones encore épargnés par l’incendie. Cristiana Serejo, la vice-directrice du musée, croyait cependant que pratiquement tout aurait été perdu. À peine 10 % des artéfacts étaient exposés au public.

Il y aurait bien eu une volonté d’installer des équipements anti-incendie. Les gens avaient conscience de la fragilité du bâtiment dans ce domaine. Mais il n’y avait pas assez de temps.

“C’est un préjudice incalculable,” se lamentait le professeur de géologie Joao Wagner Alencar Castro, “la science et l’histoire du Brésil sont en train de brûler. Nous sommes très émus. C’est comme si quelqu’un de très proche était mort.”

Car la plus grosse perte de ce dimanche pourrait être le bâtiment lui-même. Un bâtiment fondé en 1818 par Jean VI de Portugal, roi du Portugal puis empereur titulaire du Brésil, où Pierre 1er du Brésil a résidé, où l’indépendance du Brésil fut signée, et dans le jardin duquel la princesse Isabel jouait.

Le ministre de la culture Sérgio Sá Leitão a affirmé ce lundi vouloir reconstruire le musée, déclarant : “J’ai déjà parlé avec le président Michel Temer et le ministre de l’éducation [lundi], et nous allons commencer un projet de reconstruction du Musée National.”

 

Propos du ministre traduits du Portugais avec l’aide de Kotolingo Traductions.

 

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