Crise à la frontière : les rumeurs attisent le conflit

Des habitants de l’état de Roraima, dans le nord du Brésil, se servent des réseaux sociaux pour alimenter le sentiment anti-migrants.

Roraima a déjà accueilli plus de 60 000 Vénézuéliens depuis le début de la crise dans ce pays.

L’influx massif de migrants fait pression sur un système social aux capacités déjà limitées.

Durant le weekend du 18 août, des émeutes anti-migrants ont semé le chaos dans la ville de Pacaraima, forçant 1 200 Vénézuéliens à prendre la fuite.

 

La semaine passée, un post d’une jeune femme prétendument enceinte de 41 semaines  sur les réseaux sociaux est devenu viral. Dans celui-ci, Alicie Marye Souza expliquait avoir été expulsée de la clinique de maternité d’état Notre-Dame de Nazareth pour faire place à des mères vénézuéliennes. Elle était donc contrainte de retourner chez elle malgré son accouchement imminent.

Ce post Facebook a vite été repris par des personnalités politiques, comme Ezequiel Calegari, qui gère la page Roraima Sem Censura (Roraima sans censure), une page anti-immigration suivie par plus de 6 500 personnes. Dans un post, qu’il a effacé depuis, il écrivait : “Dénoncez – les femmes enceintes brésiliennes sont explusées de la clinique de maternité d’État pour faire place aux femmes enceintes arrivant du Venezuela.”

La gouverneure de l’état de Roraima elle-même a fait écho à ces propos, en déclarant : “Je porte assistance aux Vénézuéliens et nous autres Brésiliens sommes laissés pour compte, je prends leurs places.” Ce message fait référence au conflit qui existe entre un gouvernement fédéral qui tient à garder ses frontières ouvertes et le gouvernement de Roraima, qui a le sentiment d’être forcé à accueillir des immigrants contre son gré et contre l’intérêt de la population locale.

Sauf que dans son message, la femme enceinte avait déformé les faits. En réalité, elle n’aurait été enceinte que de 38 semaines. D’après Moema Farias, la directrice du soutien technique de la clinique : “L’échographie et l’examen médical ont révélé qu’il n’était pas nécessaire de garder 「Madame Souza」dans la clinique. Sur ses réclamations, les infirmières ont provoqué l’accouchement.”

Et c’est ainsi que naissent depuis quelques temps les campagnes anti-migrants. Et à Roraima, anti-migrant est synonyme d’anti-Vénézuéliens.

Il faut dire qu’avec 520 000 habitants à peine, Roraima est l’état le moins peuplé du Brésil. Pourtant, depuis deux ans, il aurait accueilli plus de 60 000 Vénézuéliens. Une tendance qui continue de s’accentuer. En 2017, 566 femmes vénézuéliennes auraient accouché à la clinique d’État, un chiffre qui a été dépassé en 2018 après seulement six mois (571 accouchements de femmes vénézuéliennes au mois de juin, contre  4 240 accouchements de femmes brésiliennes, soit plus de 13 % des naissances).

Sur la page de Roraima sans censure, des images de commerçants agressés et dérobés circulent. Entre les rumeurs et les faits avérés et les exagérations, il est souvent difficile de trier le vrai du faux de l’information qui circule.

Certaines vidéos et messages sur les réseaux sociaux sont sans doute à l’origine des émeutes anti-vénézuéliennes dans la ville de Pacaraima, durant lesquelles la population locale s’est chargée elle-même d’expulser les immigrants, brûlant parfois leurs effets personnels. Au total, plus de 1 200 Vénézuéliens ont fuit la ville samedi dernier.

Les tensions entre les migrants et la population locale, ici en train de brûler des effets personnels de Vénézuéliens, sont alimentées par les rumeurs sur les réseaux sociaux. Photo : Avener Prado

“Il est clair que la population a les nerfs à fleur de peau, Pacaraima compte 5 000 habitants et a accueilli plus de 3 000 Vénézuéliens,” dit Marcelo Lopes, secrétaire du cabinet institutionnel du gouvernement de Roraima.

“Dans un scénario tel que celui-ci, où une population est désignée comme responsable de tous les maux de l’État, n’importe quel événement déclencheur génère des violences contre cette population,” explique João Carlos Jarochinski de l’Université Fédérale de Roraima au journal de Sao Paulo A Folha.

 

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